start06.free.frexposition du 20 octobre au 9 novembre 2007
Vernissage/performance sonore “Blanche neige et les 67 nains” avec les Latines
Atelier Marc Piano - 37 Av. de Cannes, VALLAURIS - 04 93 64 21 02

Jacques Simonelli septembre 2007 :
Véronique Champollion, qui peint sur les pages contrecollées de journaux
locaux, réalise une double opération : condamner à durer, en les figeant
sous les couleurs et le vernis, les textes éphémères de ces quotidiens,
où se banalise avant de s’évacuer dans l’oubli la misère d’un monde
devenu dément ; forcer le trait pour donner à voir le dérisoire naufrage de
nos sociétés sous le flot des images et des discours dévalués.
Les matériaux de sa peinture deviennent à présent ceux de ses sculptures,
faites de journaux collés, pliés, modelés en volume, puis peints et vitrifiés.
Dans la stupéfiante suite de Blanche Neige et de ses nains, devenus
innombrables, elle offre une belle revanche à l’oralité première des contes
et des mythes, en leur donnant corps à partir de ces feuilles où le langage écrit
s’est exténué.
Au pays des contes et de l’enfance, à l’heure où tombe la rosée, les
nains se dirigent vers la colline, difficile d’accès, où s’ouvre l’entrée
étroite de leur grotte. De re metallica :
ils vont, comme dans les gravures du vieil Agricola, visiter
l’intérieur de la terre, pour ramener dans leurs wagonnets puérils, non
les matières premières de nos industries méphitiques, mais des trésors légendaires,
pierres magiques, cristaux baroques, métaux qui luiront aux coffres des
pirates.
Et leur cortège mythique libère au passage tous les enfants des mines, en
nous-mêmes aliénés, ces légions d’enfants grâce auxquelles, disait
Charles Fourier, nous vaincrons le vieux monde.

Frédéric Voilley juin 2007 : « Je devins un opéra
fabuleux »
Embrassant simultanément ou tour à tour la mythologie, le conte de fées, l’Histoire,
aussi bien que la vie actuelle, toujours à la conquête de nouveaux territoires
à investir, l’œuvre de Véronique Champollion semble naître d’une
insatiable compulsion, d’une ambition quasi-hugolienne- ou plutôt d’un délire
rimbaldien, même si elle n’en a pas la tragique violence.
Il s’agit pour elle aussi de soustraire le monde à l’oubli et à la mort,
de sauver des êtres de la médiocrité de leur destin. Renaissant sous ses
doigts, ses héros-monstres mythiques, nains, anges, stars, animaux- portent
leur privilège avec l’innocente assurance des élus.
Mais pourquoi notre monde ne remplit-il jamais ses promesses, les promesses de
l’enfance, pourquoi sombre-t-il sans cesse dans la souffrance, la laideur, la
mesquinerie ? Pour un artiste, cette inertie, cette incapacité du réel à
sortir de l’ornière, resteront toujours inacceptables, et la révolte est un
devoir- il doit proposer une autre éthique, une autre esthétique, montrer un
chemin hors du bourbier de la fatalité.
« Change nos lots, crible les fléaux, à commencer par le temps, élève
n’importe où la substance de nos fortunes et de nos vœux, on t’en prie »
chantent les enfants au poète.
La mission de Véronique Champollion est donc d’envergure- une complète
reconquête, ré-invention du passé, du présent, de l’imaginaire, c’est à
cela que s’emploient les mille et une créatures, « les bêtes d’une
élégance fabuleuse » dont son œuvre foisonne, en une tentative
demi-urgique de ré-enchantement, de revivification, car aucune époque ou lieu,
aucun avatar de l’agir ou de la pensée, aucun être, ne peuvent être exclus
de l’arcadie qu’elle promet : « Je vous indiquerai les richesses
inouïes »…
L’insignifiant, la bassesse ne seront plus, nos plates turpitudes vont fondre
devant « l’extase harmonique », devant « l’héroïsme de
la découverte ». Nous serons libérés de l’inexorable banalité
quotidienne par ce nouveau peuple de monstres fraternels qui savent « donner
leur vie entière tous les jours ».
Sous le regard des Dieux, un songe d’une nuit d’été, avec sa part de
grotesque, de dérision, de drame (mais la Mort sera désormais « sans
pleurs ») se joue sur le rivage d’ « une mer troublée par la
naissance éternelle de Vénus ». L’invention protéiforme, en mutation
constante de Véronique Champollion conservera toujours la grande marge
d’improvisation, d’irrationnel, d’imprévisible, qui est le propre du rêve.
« J’ai seul(e) la clef de cette parade sauvage » nous prévient
l’illuminé (e). Un peu éberlués, nous attendons la suite de ce défilé qui
nous entraîne dans son sillage.
(Citations de A. Rimbaud)







Les Latines, chant des Scariolanti, des pousseurs de chariots voir
page Blanche-Neige à Turin

photos V Champollion et Gilbert Baud
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