Crèche

Galerie Ferrero

Crèche inspirée par le Palais Lascaris
(crèche niçoise, azuréenne et plus généralement méditerranéenne)
Papier vitrifié et résine, acrylique, 2006 et 2007

On peut s'amuser à repérer quelques inspirations :
Marie et Joseph : La Brigue, Notre-Dame-des-Fontaines, Jean Baleison, 1492
le Gilles, Watteau, 1718
Anges : Le Corrège, Assomption de la Vierge, Parme, coupole du Duomo, 1524-1530
La Renommée, thème présent dans de nombreux palais baroques en Ligurie et à Monaco (Palais princier et Opéra, alors du 19e)
et d'autres thèmes : les amoureux de la Côte d'Azur, les surfeurs, les jouets...




Marine ou Port imaginaire, attr. à Pietro Antoniani, fin 18e siècle, Portrait de Picasso bras croisés, par André Villers 

Jeux d'enfants, fresque de la chambre du Palais Lascaris, fin 17e siècle

Démon attaquant un pélerin dans un col des Alpes : Roure, champelle Saint Sébastien et Saint Bernard, Andrea de Cella, 1510
Le Tricheur à l'as de carreau, Georges de la Tour, 1635
avec Giorgio Laveri

enfin, les Rois-mages

article de Paule Stoppa, le Patriote du 11.1 au 17.1 2008

Cette crèche-là, d'abord conçue par Véronique Champollion, puis par elle installée dans la vitrine de la galerie Ferrero, cette crèche-là, son impertinence ravit l'esprit et comble le cœur. Elle garde, de la crèche traditionnelle les signes essentiels et le charme ludique. Pourtant ni santons, ni santons, ni « ravi », ni « bouffi ». Pas d'auréoles. Des personnages qui , comme l'ensemble de la mise en scène sont élaborés, sculptés, dans ce papier mâché que l'artiste fabrique avec des journaux et affiches, encollés, pliés, peints et vitrifiés. Le décor, de même nature, à partir duquel s'ébranle la dévote ou joyeuse saga des êtres - humains, anges et diables, hommes à tête d'animaux, dragons, nain - le décor est bien de chez nous : méditerranéen. Un « chez-nous » libéré de ses limites, un « chez-nous » qui touche à l'universel.
Car Véronique Champollion introduit, dans sa fable, des figures qu'elle emprunte aux œuvres d'artistes célèbres - le Gilles de Watteau, le Tricheur à l'as de carreau de Georges de La Tour, les anges que le Corrège a peints à Parme - et géographiquement plus proches la Vierge et le Joseph qui habitent les fresques de Notre-Dame des Fontaines, les Jeux d'enfants du Palais Lascaris, ou le « démon attaquant un pèlerin dans un col des Alpes » qui orne la chapelle Saint Sébastien et Saint Bernard, à Roure. Puisées dans ce patrimoine universel, et champollionesquement introduites, fondues dans la savante et malicieuse unité du spectacle, ces références, tout en respectant, de la crèche traditionnelle la niçoiserie -c'est dit Véronique, une crèche niçoise- lui accordent une toute autre ampleur, une toute autre dimension critique.
Interpréter les mythes ? Voire. Dans la vitrine au premier plan, le nourrisson divin, tête et membres en céramique, emmailloté de papier journal froissé, couvert de signes : on lit « annonces immobilières », on pourrait s'y renseigner sur le cours du dollar. Ce petit-là est plein de promesses. La Vierge, à genoux, la pourpre royale d'une affiche monégasque qui a franchi sans dommages la blanche frontière qui sépare de nous cet état, la vêt. On déchiffre sur la robe de bure franciscaine de Joseph « va vous secouer ». Secoué, il l'est Joseph : Il est charpentier, l'événement est irrationnel. Il pressent, main en visière la lourdeur des vingt siècles et plus de christianisme qui vont s'abattre sur les épaules et les esprits des braves gens.
Et voilà pour le trio de la Nativité.
Mais direz-vous, puisqu'on parle tradition, quoi du bœuf ? Quoi de l'âne ? L'âne est là, sur la paroi de gauche, sa tête en tous cas, posée sur le charmant et lunaire corps du Gilles de Watteau. Pour le Bœuf itou, mais sur la paroi de droite : un portrait en pied de Picasso à tête de Minotaure coiffe son chef : le Minotaure, vous savez bien, cet avaleur d'ados branchés, ce monstre dans le labyrinthe ! Mythologiques, fantastiques, voyez cet accroupi joueur de flûte, berger à masque de loup, ou ce démon étrangleur qui détrousse le pèlerin. (Mais ne contribue-t-il ainsi au salut des âmes ?)
Le salut est ailleurs : dans la grâce de ce quatuor d'enfants nus, fessus ventrus chahuteurs rieurs qui foulent les galets de la plage, croisant de paisibles moutons, lesquels convoitent l'assiette du blé traditionnel monté en herbe. D'autres créatures moins terrestres -célestes même- s'occupent à remplir et glorifier l'espace. Cosmos vivant, cette vitrine possède un ciel. Des anges de catégorie et de fonctions diverses le peuplent. L'un fend l'air, trompette en bouche, à la vitesse d'un supersonique de la patrouille de France, l'autre que l'on croirait féminin si sexe il y avait, - chevelure blonde, gracieuse pose des bras nus, très longue trompette - participe publicitairement à la publicité des puissants. Anges annonciateurs, anges de la Renommée.
Et pour revenir sans trop de brutalité à l'horizontale, voyez les champollionesques surfeurs sur lattes de volets, prenant leur pied à travers l'écume des vagues et l'étincellement des petites lumières, voyez ce couple d'amoureux qui s'embrassent goulûment. Le bonheur est dans la vitrine, la vitrine de la galerie Ferrero, où crèchent, savantes et poétiques, impertinentes en diable, ces créatures : de nos fantasmes, de nos croyances, de nos refus, elle font foi. Leur fécondité est sans bornes qui ravit l'esprit et comble le cœur.

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